L'Observatoire a été informé de la grève de la faim ouverte entamée par Me Chawki Tabib, avocat tunisien, ancien bâtonnier de l'Ordre national des avocats de Tunisie et ancien président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) de 2016 à 2020, détenu à la prison civile de Belli (gouvernorat de Nabeul).
Le 11 août 2026, Me Chawki Tabib a entamé une grève de la faim pour protester contre sa condamnation du 21 mai 2026, mais également afin de dénoncer la dégradation de ses conditions de détention. Le 12 août 2026, ses avocats lui ont rendu visite et l’ont trouvé affaibli mais déterminé à poursuivre sa grève de la faim augmentant le risque que son état de santé ne s’aggrave encore plus.
Pour rappel, le 14 avril 2026, Chawki Tabib avait été arbitrairement détenu après s’être présenté volontairement devant le juge d’instruction du tribunal de première instance de Tunis. Sans procéder à son audition, le juge d’instruction avait émis un mandat de dépôt à l’encontre de Me Chawki Tabib, qui avait ensuite été incarcéré à la prison de Mornaguia, au sud-ouest de Tunis. À la suite de cesévènements, Me Tabib avait été condamné le 21 mai 2026 par le tribunal de première instance de Tunis à dix ans de prison pour falsification de documents et usage de faux, en lien avec ses fonctions à la tête de l'INLUCC. Cette condamnation est intervenue en violation de l'immunité fonctionnelle prévue par la loi organique n°2017-59 relative à l'INLUCC pour les actes accomplis dans l'exercice de son mandat, et a été dénoncée par plusieurs barreaux européens et internationaux.
La grève de la faim entamée par Me Tabib intervient donc après plusieurs mois de dégradation continue de ses conditions de détention.
Le 25 juin 2026, Me Tabib a été victime d'un grave malaise à la prison de Belli et a dû être transféré en urgence à l'hôpital universitaire de Nabeul, dans un contexte de fortes chaleurs estivales et de problèmes de santé préexistants. Selon des informations récentes transmises par sa famille, Me Tabib peine par ailleurs à obtenir les traitements prescrits pour ses pathologies chroniques, notamment son arthrose et ses douleurs dorsales. Il n’a, par exemple, pas le droit d’avoir un oreiller médical tel que prescrit par le médecin. Me Tabib subit ainsi une carence de prise en charge médicale contraire aux règles 24 et 25 de l'Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela), qui garantissent l'accès à des soins de santé équivalents à ceux disponibles dans la communauté.
Par ailleurs, depuis son transfert non notifié de la prison civile de Mornaguia vers la prison civile de Belli, en juin 2026, ses avocats se heurtent à des entraves répétées à l'exercice des droits de la défense. Le juge d'instruction a d'abord affirmé ignorer ce transfert et refusé de délivrer des autorisations de visite.
Depuis lors, ce dernier ne délivre que des autorisations valables pour une seule journée, contraignant ses avocats à obtenir chaque matin une nouvelle autorisation auprès du pôle judiciaire économique et financier à Tunis, puis à parcourir près de 50 kilomètres jusqu'à la prison de Belli avant la fin des horaires de visite. Ce dispositif constitue une entrave concrète, répétée et disproportionnée au droit de Me Tabib de communiquer librement et confidentiellement avec ses conseils, garanti par le Principe 8 des Principes de base des Nations Unies relatifs au rôle du barreau (1990) et par la règle 61 des Règles Nelson Mandela, qui consacrent le droit de toute personne détenue de consulter son avocat sans délai, interception ni censure et en toute confidentialité.
Le 6 mai 2026, à l'occasion d'un transfert pour des examens médicaux, Me Tabib avait par ailleurs été transporté menotté et placé plusieurs heures dans le compartiment arrière d'un véhicule pénitentiaire, aux côtés de détenus poursuivis dans des affaires de terrorisme, un traitement disproportionné au regard de tout impératif de sécurité, contraire à la règle 47 des Règles Nelson Mandela sur l'usage des instruments de contrainte, et susceptible de constituer un traitement cruel, inhumain ou dégradant au sens de l'article 7 du PIDCP et de la Convention des Nations Unies contre la torture.
Me Tabib se voit également privé d'accès aux livres et ouvrages nécessaires à la poursuite de sa thèse de doctorat en détention, en violation de la règle 64 des Règles Nelson Mandela qui garantit l'accès des personnes détenues aux bibliothèques, ainsi que du droit à l'éducation et à la participation à la vie culturelle et scientifique consacré par l'article 15 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC).
L'Observatoire rappelle enfin que Me Tabib est privé de la quasi-totalité de sa correspondance depuis son arrestation, en violation de la règle 58 des Règles Nelson Mandela et de l'article 17 du PIDCP, qui garantissent le droit de toute personne détenue de communiquer avec l'extérieur.
L'Observatoire réitère sa plus vive inquiétude face à la détention arbitraire et à l'acharnement judiciaire dont Me Tabib fait l'objet, et craint que la dégradation de son état de santé, aggravée par sa grève de la faim, ne fasse peser un risque grave et imminent sur son intégrité physique et psychologique.
L'Observatoire appelle les autorités tunisiennes à libérer immédiatement et sans conditions Me Chawki Tabib, et à mettre un terme à tout acte de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à son encontre ainsi qu'à l’encontre de tou·tes les défenseur·es des droits humains dans le pays.
How You Can Help
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités tunisiennes en leur demandant de :
- Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de Me Chawki Tabib, notamment en lui assurant un accès immédiat et adapté aux soins médicaux dans le contexte de sa grève de la faim ;
- Libérer immédiatement et sans condition Me Chawki Tabib et tou·tes les défenseur·es des droits humains arbitrairement détenu·es en Tunisie ;
- Mettre un terme à tout acte de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de Me Chawki Tabib ainsi que de tou·tes les défenseur·es des droits humains en Tunisie ;
- Garantir en toutes circonstances le respect des droits de la défense et des garanties du procès équitable de Me Chawki Tabib, notamment en garantissant à ses avocats des autorisations de visite adaptées, conformément à l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
- Garantir le droit de Me Chawki Tabib de recevoir sa correspondance, d’accéder aux livres et ouvrages nécessaires à ses activités académiques, et de poursuivre sa thèse de doctorat en détention ;Assurer que toute procédure judiciaire engagée à l’encontre de Me Chawki Tabib soit menée de manière indépendante, impartiale et transparente.
Addresses
- M. Kaïs Saïed, Président de la Tunisie, Email : contact@carthage.tn ; X : @TnPresidency
- Mme Sarra Zaafrani Zanzri, Première ministre de Tunisie, Email : boc@pm.gov.tn ; X : @TunisiaPM
- Mme Leila Jaffel, Ministre de la Justice de Tunisie, Email : info@e-justice.tn
- M. Khaled Nouri, Ministre de l’Intérieur de Tunisie, Email : boc@interieur.gov.tn
- H.E. M. Sabri Bachtobji, Ambassadeur, Représentant permanent de la Tunisie auprès des Nations unies à Genève, Suisse, Email : at.geneve@diplomatie.gov.tn
- H.E. M. Sahbi Khalfallah, Ambassadeur de la Tunisie à Bruxelles, Belgique, Email : at.belgique@diplomatie.gov.tn
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de la Tunisie dans vos pays respectifs.

