Paris-Genève, 24 juin 2026 - La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, a mené le 18 juin 2026 une mission internationale d’observation judiciaire dans le procès de Sihem Ben Sedrine à Tunis. L’audience , qui concernait deux affaires engagées contre Sihem Ben Sedrine, a été reportée au 25 juin 2026. Ce procès intervient dans un contexte de restriction des libertés publiques, de multiplication des procédures contre les journalistes et les défenseur·es des droits humains et d’affaiblissement des dernières instances indépendantes.
Ancienne journaliste, défenseure des droits humains et ancienne Présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), une instance heritée de la révolution de 2011, chargée d’établir la vérité sur les violations des droits humains commises par l’état tunisien de 1955 à 2013, Sihem Ben Sedrine est poursuivie depuis 2023 pour des faits allégués de « réception de pots-de-vin et de falsification du rapport final de l’IVD ». Des accusations évidemment infondées, qui soulèvent de sérieuses préoccupations au regard de la loi organique n°2013-53 du 24 décembre 2013, l’outil législatif fondateur de la justice transitionnelle en Tunisie. laquelle prévoit qu’aucun·e membre de l’Instance ne peut être tenu·e responsable du contenu des rapports produits.
Ces poursuites s’inscrivent dans une remise en cause plus large des mécanismes de justice transitionnelle. En visant d’ancien·nes membres de l’IVD, les autorités tunisiennes cherchent à fragiliser les travaux de l’Instance, mise en place pour garantir les droits à la vérité, à la justice et à la réparation.
Un procès certainement pas équitable
La mission d’observation a relevé plusieurs éléments préoccupants quant au respect des garanties d’un procès équitable. La date de l’audience, fixée au 18 juin 2026, coïncidait avec une journée de grève générale des avocat·es, pourtant annoncée publiquement par le Barreau dès le 13 mai 2026. Dans ce contexte, la tenue de l’audience a porté atteinte à l’exercice effectif des droits de la défense garantis par le droit tunisien. La mission a également constaté la mise en place d’un contrôle abusif à l’entrée du tribunal, la police filtrant l’accès à une audience pourtant publique. Aucun·e journaliste n’était présent·e lors de l’audience.
« La salle d’audience était clairsemée. On a compris pourquoi en voyant la police à l’extérieur qui filtre et demande les cartes d’identité », a déclaré Alexis Deswaef, président de la FIDH et observateur lors de l’audience.
Il a finalement été décidé que l’audience, maintenue malgré l’annonce de cette journée de grève générale, serait reportée au 25 juin 2026. Ce report est intervenu en raison de l’absence du co-prévenu de Mme Ben Sedrine, Me Khaled Krichi, ancien président de la commission Arbitrage et Réconciliation de l’IVD, hospitalisé après un malaise en détention.
« Ce renvoi à une semaine est très contrariant pour les observateurs internationaux : la nouvelle date est suffisamment éloignée pour nous empêcher de rester jusque-là, et elle est suffisamment proche pour nous empêcher de nous organiser pour revenir, » précise Alexis Deswaef.
L’Observatoire appelle les autorités tunisiennes à garantir à Mme Sihem Ben Sedrine et à l’ensemble des personnes poursuivies dans cette affaire le respect de leurs droits à un procès équitable et à mettre fin à toute forme de harcèlement judiciaire visant à entraver le travail des défenseur·es des droits humains et le processus de justice transitionnelle.

