MAR 001 / 0626 / OBS 29
Détention arbitraire /
Restriction de la liberté d’association /
Restriction de la liberté d’expression / Torture et mauvais traitements / Grève de la faim
Maroc / Sahara occidental
19 juin 2026
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, un partenariat de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), vous prie d’intervenir sur la situation suivante au Sahara occidental.
Description de la situation :
L’Observatoire a été informé de la grève de la faim de M. Naâma Asfari, détenu arbitrairement à la prison de Kenitra au Maroc depuis quinze ans. Naâma Asfari est un défenseur des droits humains sahraoui qui lutte pour l'indépendance du Sahara occidental. Il est vice-président du Comité pour les libertés et le respect des droits de l’homme au Sahara occidental (CORELSO).
Le 8 juin 2026, Naâma Asfari a entamé une grève de la faim illimitée pour réclamer l’application de l’avis 23/2023 rendu par le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire. Le 27 mars 2023, ce Groupe de travail a qualifié sa condamnation d’ « arbitraire » appelant le Royaume du Maroc à libérer immédiatement Naâma Asfari, à l’indemniser et à ouvrir une enquête approfondie et indépendante sur sa privation arbitraire de liberté.
Au travers de sa grève de la faim, Naâma Asfari proteste plus largement contre les conditions de détention inhumaines et dégradantes, ainsi que contre la négligence médicale et les représailles systématiques des prisonniers sahraouis dans les prisons marocaines. Il demande aussi leur transfert au Sahara occidental afin de les rapprocher de leur famille.
En mai 2026, Naâma Asfari a effectué trois grèves de la faim de 48h chacune afin de porter ces revendications, les 30 avril-1er mai, les 11-12 mai et les 20-21 mai 2026. Avant d’entamer sa grève du 8 juin 2026, son avocat a soumis un dossier à l’administration pénitentiaire contenant les demandes de Naâma Asfari qui n’ont pas été prises en compte.
L’Observatoire rappelle que Naâma Asfari avait été condamné définitivement en 2017 par la Cour d’appel de Salé près de Rabat à une peine de 30 ans d’emprisonnement notamment pour « association de malfaiteurs » et « participation ou complicité de participation à des actes de violence entraînant la mort avec préméditation » à l’encontre d’agents des forces publiques, à l’issue d’un procès inéquitable prenant en compte des aveux faits sous la torture. Cette condamnation fait suite à sa participation, en 2010, à la formation d’un campement rassemblant environ 20 000 sahraouis protestant contre les inégalités sociales et économiques à leur encontre et visant à réaffirmer leur droit à l’autodétermination. La veille du démantèlement de ce camp situé au sud de la ville de Laâyoune, Naâma Asfari a été arrêté le 7 novembre 2010 avec 25 autres défenseur·es des droits humains connus sous l’appellation « Groupe de Gdeim Izik », dont certain·es ont été libéré·es et les 18 autres demeurent en prison. Le Comité des Nations Unies contre la torture, dans sa décision n° 606/2014 a confirmé en 2016 que les aveux de Naâma Asfari étaient irrecevables car obtenus sous la torture et a considéré que les conditions de détention constituaient des actes de torture et des traitements cruels, inhumains et dégradants.
L’Observatoire est fortement préoccupé par la dégradation de l’état de santé de Naâma Asfari depuis sa grève de la faim qu’il poursuit depuis 11 jours. Cet état de santé est d’autant plus préoccupant que le Comité contre la torture a déjà condamné le Maroc en 2022 pour ses restrictions dans l’accès aux soins des prisonniers. Son transfert en dehors du Sahara occidental rend également difficile les visites familiales. Sa femme de nationalité française, Claude Mangin, étant interdite d’entrée sur le territoire marocain pour “menace à l’ordre public“, n’a pas pu rendre visite à Naâma Asfari depuis 2019.
L’Observatoire souligne que sa détention de longue durée s’inscrit dans un contexte plus large de criminalisation des défenseur·es des droits sahraouis. L’Observatoire avait exprimé son inquiétude lors des dix ans de détention de Naâma Asfari, mais aussi sur la détention arbitraire dans les prisons marocaines des journalistes Mohamed Lamin Haddi, et El Bachir Khadda, ainsi que du harcèlement et des intimidations du Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits Humains au Sahara occidental (CODESA), qui promeuvent le respect des droits humains dans le territoire occupé du Sahara occidental.
Dans ce cadre, l’Observatoire rappelle que le Sahara occidental est le dernier territoire africain non autonome, contrôlé par le Maroc, et dont le droit à l’autodétermination a été réaffirmé par l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice de 1975. Ce droit est consacré par la Charte des Nations Unies ainsi que la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. L’Observatoire rappelle également que le Maroc, en tant qu’État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantit la liberté d’expression (article 19), le droit de réunion pacifique (article 21) et la liberté d’association (article 22), et le droit à un procès équitable (article 14) doit veiller à ce qu’aucune restriction ou entrave ne soit apportée à l’exercice de ces droits et libertés.
L’Observatoire condamne fermement la détention arbitraire et les conditions de détention de Naâma Asfari et de tous les prisonniers du Groupe de Gdeim Izik qui semblent uniquement viser à les sanctionner pour l’exercice légitime de leurs activités de défense des droits humains.
L’Observatoire exhorte les autorités marocaines à libérer immédiatement et sans condition Naâma Asfari, à mener une enquête immédiate, indépendante et impartiale sur les actes de torture et de mauvais traitement à son encontre ainsi que sur sa privation arbitraire de liberté, et à lui garantir une réparation adéquate, conformément aux observations finales du Comité contre la Torture et au Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies. Le Maroc doit également mettre fin à tout acte de harcèlement, y compris judiciaire, à son encontre et à l’encontre de tou·tes les défenseur·es des droits sahraouis dans le pays.
How You Can Help
Actions requises :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités marocaines en leur demandant de:
- Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique de Naâma Asfari et de l’ensemble des membres du groupe Gdeim Izik encore détenus au Maroc ; et leur garantir leur droit de visite ainsi qu’un accès rapide à des soins adéquats ;
- Libérer immédiatement et sans condition Naâma Asfari et les membres du groupe Gdeim Izik, ainsi que l’ensemble des défenseur·es des droits des personnes sahraouis actuellement détenu·es dans les prisons marocaines telles que Mohamed Lamin Haddi, et El Bachir Khadda ;
- Mettre un terme à tout acte de harcèlement, d’intimidation ou de représailles à l’encontre de Naâma Asfari, des membres du groupe Gdeim Izik, ainsi que de tou·tes les défenseur·es et organisations de défense des droits des personnes sahraouis telle que CODESA, et garantir qu’ils et elles puissent exercer leurs activités légitimes sans entraves ni crainte de représailles ;
- Assurer le strict respect des libertés fondamentales et en particulier garantir en toutes circonstances le respect des droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association, tels que garantis par le droit international des droits humains, en particulier par les articles 19, 21 et 22 du PIDCP, auquel le Maroc est partie.
Addresses
Adresses :
- M. Nasser Bourita, Ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger. Email : ministere@maec.gov.ma
- M. Abdellatif Ouahbi, Ministre de la Justice. Email : mjustice@justice.gov.ma
- Conseil national des droits de l’Homme. Email : cndh@cndh.org.ma
- M. Omar Zniber, Représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève. Email : maroc.ge@maec.gov.ma
- M. Allal Ouazzani Touhami, Ministre plénipotentiaire et chargé d’affaires, Mission du Maroc auprès de l’UE et de l’OTAN. Email : mission.ue@maec.gov.ma
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Maroc dans vos pays respectifs.

